Histoire des lieux

Avant de s'appeler Guiscard, la commune portait autrefois le nom de Magny. On connaît mal ses débuts au haut Moyen Âge, mais des traces sont mises au jour à Beines, et Magny est mentionné dès 988, lorsque son église est donnée au Chapitre* de Noyon  preuve que le seigneur du lieu dépendait alors de l'évêque-comte de Noyon. Le premier possesseur connu du fief de Magny fut Simon de Magny (1142-1188), qui avait accompagné le roi Louis VII lors de la seconde croisade.

Le domaine change ensuite plusieurs fois de mains. 

En 1499, Hélène de Hangest, dame de Magny, épouse Arthus Gouffier, grand-maître de France* ; leur fils vend en 1561 la seigneurie et le château à Louis d'Ongnies. 

Le 9 juillet 1671, le roi Louis XIV, accompagné de la reine Marie-Thérèse, du duc d'Orléans, de la Grande Mademoiselle, du Grand Condé et de son fils le duc d'Enghien, ainsi que de la plupart des maréchaux de France, est reçu au château de Magny par la duchesse de Chaulnes, Claire Charlotte Eugénie d'Ailly, également baronne de Picquigny et vidame* d'Amiens. C'est à la suite de cette visite qu'elle décide de faire reconstruire son château par l'architecte Jules Hardouin-Mansart, le château présente alors, selon les gravures de l'époque, un aspect majestueux, parfaitement symétrique et rigoureusement ordonné, dans le style du grand siècle.

À la mort de la duchesse en 1681, son fils, Charles d'Albert d'Ailly, 3e duc de Chaulnes, conserve le domaine.  Il y reçoit à son tour le roi Louis XIV en 1691.  Il meurt sans enfant en 1698, le domaine est alors mis en vente. 

C'est le comte Louis de Guiscard, militaire de carrière, qui l'achète le 27 janvier 1699, moyennant l'importante somme de 500 000 livres. Nommé par le roi Louis XIV : gouverneur* et grand bailli* de Sedan puis de Namur, il était alors devenu lieutenant général des armées* et venait d'être nommé ambassadeur en Suède, en 1698, Chevalier de l'ordre de Saint-Louis en 1694 puis de l'ordre du Saint-Esprit en 1696. Il fait réaliser d'importants embellissements au château existant et élève de nouvelles constructions autour, avec un jardin régulier.  Le roi Louis XIV réunit la seigneurie de Magny à celle de Chauny, avec plusieurs paroisses, pour ériger le tout en marquisat*  en 1703 : Louis de Guiscard en devient ainsi le premier marquis, une distinction honorifique récompensant ses services rendus à la couronne.

À la mort du Marquis Louis de Guiscard, son fils unique ayant péri lors de campagnes militaires, le marquisat ainsi que le titre passa à son gendre, Louis-Marie, 4e duc d'Aumont, marié à sa fille Catherine de Guiscard. Le titre resta dans la famille d'Aumont sur plusieurs générations. Le domaine connaît son apogée sous le 5e duc d'Aumont, petit-fils de Louis de Guiscard, qui fait appel vers 1775 à l'architecte paysagiste Jean-Marie Morel pour transformer le jardin régulier en jardin à l'anglaise. Proche du marquis de Girardin et de son célèbre parc d'Ermenonville, Morel considérait Guiscard comme l'un de ses chefs-d'œuvre, au point de le citer en exemple dans son ouvrage de référence, La Théorie des jardins. Bassins, jets d'eau et île plantée de peupliers composaient alors un paysage à la mesure du domaine : plus de 1000 hectares au début du XIXe siècle.

Louise Félicité Victoire d'Aumont-Mazarin, arrière arrière-petite-fille de Louis de Guiscard, fille Louis Marie 6°duc d'Aumont et de Louise Jeanne de Durfort, duchesse de Mazarin, en hérita à son tour. En 1777, elle épousa le duc de Valentinois, futur prince Honoré IV de Monaco. Ce mariage unit ainsi la lignée de Louise Félicité héritière du marquisat de Guiscard et du duché de Mazarin, remontant au cardinal du même nom, à celle des Grimaldi, princes de Monaco. Leur fils aîné devint Honoré V, prince de Monaco, et le titre s'est transmis depuis au sein de la dynastie des Grimaldi. Aujourd'hui, le titre de marquis de Guiscard fait partie de ceux que porte le prince souverain de Monaco, actuellement Son Altesse Sérénissime Albert II,  aux côtés de titres comme duc de Valentinois ou marquis des Baux. 

Ce lien entre Guiscard et la principauté n'appartient pas qu'au passé. Le 18 octobre 2025, Son Altesse Sérénissime Albert II de Monaco s'est rendu au Marquisat de Guiscard pour y dévoiler une plaque rappelant sa visite dans le château de ses ancêtres. 

En 1823 au baron Émile Oberkampf en devient le propriétaire, fils du fondateur de la manufacture de toile de Jouy. Le baron et son épouse font restaurer le château, mais un incendie l'endommage en 1826.

Du château d'origine, le corps de logis principal et l'aile gauche ont aujourd'hui disparu, laissant place à une rue. Mais l'aile droite, le grand commun et surtout l'orangerie ont traversé les siècles. On peut voir sur la façade du grand commun, en brique rouge rehaussée de pierre blanche, des motifs en losange formés par des briques plus sombres. Ces motifs est parfois rapproché d'anciennes runes flamandes, auxquelles on prête des significations de liberté, fidélité, prospérité et fertilité. Une interprétation qui reste débattue, mais qui résonne encore aujourd'hui chez ceux qui les découvrent.

Longtemps laissée à l'abandon, l'orangerie est rachetée à la commune en 2017, à l'état de ruine. Après d'énormes travaux, elle a depuis retrouvé tout son éclat et accueille aujourd'hui les visiteurs et les événements du domaine.

Le domaine porte le nom de Marquisat de Guiscard en hommage, 

perpétuant la mémoire de son histoire.




Lexique (les mots suivis d'un astérisque dans le texte sont définis ci-dessous)

Chapitre — Assemblée des chanoines chargée d'administrer une cathédrale et ses biens ; recevoir une église en donation lui conférait le droit d'en percevoir les revenus.

Grand-maître de France — L'un des plus hauts officiers de la couronne sous l'Ancien Régime, chargé de la Maison du roi : il supervisait notamment le service de la table royale et l'intendance du palais. C'était une charge très prestigieuse, réservée aux plus grandes familles.

Duché (Duc / Duchesse) — Terre noble portant le titre de duc, l'un des rangs les plus élevés de la noblesse.

Vidame — À l'origine, représentant laïc d'un évêque, chargé en son nom de la justice et de la défense temporelle du diocèse. Le titre devint ensuite héréditaire et purement honorifique, comme celui de vidame d'Amiens.

Gouverneur — Représentant du roi à la tête d'une ville ou d'une province, chargé notamment de sa défense militaire.

Grand bailli — Représentant du roi à la tête d'un bailliage, chargé d'y rendre la justice en son nom et de veiller à l'application des ordonnances royales.

Lieutenant-général des armées du roi — Haut grade militaire de l'Ancien Régime, juste en dessous de celui de maréchal de France.

Marquisat (Marquis / Marquise) — Terre noble portant le titre de marquis, un rang de la noblesse situé entre celui de comte et celui de duc.


Sources